L’année 1990 fut une année d’importance dans le cadre de mon existence à cause de deux événements marquants : la naissance de ma deuxième fille Marie suivie par celle de l’Atelier Théâtre de Binche (appellation de l’époque). L’une grandit en même temps que l’autre, d’autant plus que Marie fut adhérente d’ateliers dès l’âge de trois ans et le resta jusque la fin de l’adolescence avant de devenir animatrice.

Qu’est-ce qui me poussa à créer cet espace d’expression et de créativité ? Qu’est-ce qui me porta à y consacrer pendant plus de vingt ans le meilleur de mon énergie afin de le développer, l’ancrer dans son environnement physique et culturel et le faire reconnaître non seulement par la population mais aussi par les instances institutionnelles ? Quelle fut la recette pour concrétiser ce rêve malgré le scepticisme de maintes personnes ou le retour négatif d’associations effrayées par notre extension rapide sur les entités communales de Binche et d’Estinnes ?

Je me souviendrai toujours qu’au cœur de sa progression et de son succès grandissant, un soir, après un de ces festivals mémorables dans le cadre desquels se produisaient nos enfants avec leurs projets respectifs, nous nous trouvions autour de la table pour fêter notre succès. Le « nous », c’étaient les animateurs, les membres dévoués de l’asbl et tous ces braves bénévoles sans lesquels de telles entreprises seraient irréalisables : confection de décors, régie-plateau, surveillance des enfants, billetterie, intendance,… Nous eûmes, dans ces périodes de force, jusque quarante volontaires pour nous aider à cadrer et coordonner ces cinq festivals qui réunissaient plus de 1.300 spectateurs autour d’une quarantaine de projets. Donc, à l’occasion de ce repas, après les traditionnels remerciements, je me retourne vers ces collaborateurs et leur pose la question suivante qui me taraudait depuis quelque temps… « Qu’est-ce qui fait que vous nous suivez avec un tel dévouement ? C’est exceptionnel ! »… « C’est simple… Tu nous fais rêver. »
La réponse était courte mais tellement révélatrice. J’en fus particulièrement ému.

Oui, le rêve est porteur surtout lorsqu’il naît d’une situation concrète d’insatisfaction… J’avais non seulement la conviction que nos deux entités communales manquaient d’une organisation permettant à nos enfants et aux plus grands d'accéder directement à l’art du théâtre, de l’expression corporelle, de la danse moderne ou exotique, du cinéma, de l’écriture, tout en y exerçant leur créativité, leur imagination, leur volonté d’un projet commun MAIS je projetais en même temps une expérience personnelle puisque le théâtre m’avait permis d’exprimer ma propre sensibilité, de formuler mes émotions, de vaincre ma timidité, bref d’ETRE !
Le reste, ce fut du travail sans compter, de l’analyse rationnelle et préalable quant au possible des projets, de l’opiniâtreté et une foi inébranlable dans ce qu’on tente de réaliser.
Et le nombre de réalisations fut, j’ose l’affirmer sans fausse modestie, impressionnant : tous ces ateliers et projets auxquels s’ajoutent ceux créés par mes successeurs mais aussi l’Ecole de Tambour de Gille, la troupe des comédiens Alternatives, la sortie du Lundi-Gras en collaboration avec le Conservatoire Marcel Quinet, la brocante-jouets des enfants, l’opération Waudrez-Lumières.
Certes, rien n’est éternel et certaines de ces actions ont changé de sens ou sont appelées à disparaître. Mais l’essentiel est bien présent et en pleine santé : notre Centre d’Expression et de Créativité agréé et soutenu par les instances publiques, notre association avec sa nouvelle appellation, Ateliers.BE, bien gérée et continuant son évolution qualitative.
Quel bonheur pour son créateur !


 

Si les administrations communales de Binche et d’Estinnes ne bénéficient pas de l’outil Centre Culturel, elles peuvent compter sur le partenariat d’un cousin germain à celui-ci. En effet, notre CEC répond systématiquement présent aux projets prévus dans le cadre de leur politique culturelle respective.
Nous sommes d’ailleurs nous-mêmes partants pour leur proposer des projets originaux, innovateurs.
Je tiens enfin à remercier vivement tous ces bénévoles anciens, toujours présents ou nouveaux, les membres du CA et de l’AG, les animateurs-artistes pour leur compétence et leur dévouement, les gestionnaires responsables, Directrice et Secrétaire, nos deux Bourgmestres Aurore Tourneur et Laurent Devin, les Echevines de la Culture, Larissa Davoine et Delphine Deneufbourg, la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Région Wallonne et la Province du Hainaut.
Et je terminerai par cette devise de mon invention qui peut s’appliquer non seulement au CEC mais aussi à chaque atelier en projet…
« Le rêve devient utile et moteur lorsqu’il s’installe dans la conscience lucide et la volonté ! »

 

Jean BOUFFIOUX